PP Masters
Une appli interne où les collaborateurs Patek Philippe se défient sur leur connaissance de la maison — six questions, vingt secondes chacune.
- Client
- Patek Philippe
- Réalisé chez
- Virtua/Smile
- Type de travail
- Application mobile
- Année
- 2018-2019
- Le problème
- Reprendre de zéro le quiz de formation de Patek Philippe, pour des duels équitables et des vendeurs qui jouent même sans viser le classement.
- Ce que j’ai fait
- Conception du duel, du classement et d’un second parcours à badges pour les joueurs non compétitifs, et du système visuel fondé sur des règles.
- Résultat
- +15% d’utilisateurs actifs par rapport à la version précédente
Rendu final
Le projet en détail
La démarche
Contexte
L’appli existait depuis 2015. Le département multimédia de Patek Philippe l’avait développée en interne et fait évoluer sur trois versions, sans jamais la repenser. En 2018, l’interface ne correspondait plus à l’image de la marque, et les joueurs se faisaient de plus en plus rares.
Elle n’a pas été pensée comme un support de formation. La formation se fait dans le LMS de Patek ; PP Masters, c’est là qu’on vérifie ce qu’on a retenu. Tout l’enjeu était donc de donner envie d’y revenir. On l’a reprise de zéro : l’interface, le système visuel, et toute la mécanique autour du duel.
Besoins utilisateurs
Pas de recherche auprès des revendeurs eux-mêmes. On avait le brief, la version précédente et nos propres prototypes, sur lesquels on s’est affrontés entre nous pour régler la durée des quiz, les formats de question et le calcul des points.
Deux choses en sont sorties. Le chrono pesait plus lourd qu’on ne le pensait — on y revient plus bas. Et tout le monde n’ouvre pas une appli de quiz pour la gagner. Certains visent le haut du classement ; beaucoup d’autres non, et une appli qui ne récompense que le rang ne leur laisse rien à atteindre. Les types de joueurs de Bartle mettent un nom sur cette différence. On y est arrivés par la pratique, sans partir de la théorie, et c’est ce qui a orienté les badges, dans la seconde moitié du projet.
Contraintes
- Le duel chronométré était le format. Six questions, vingt secondes chacune, inscrit dans les spécifications.
- La vitesse compte dans le score. Connaître la réponse ne suffit pas, il faut la donner vite.
- C’est Patek qui écrit les questions. Chaque nouveau format aurait été une charge de plus pour leur équipe.
- Les saisons sont annuelles. Chaque année, les scores repartent de zéro.
- Les téléphones varient. Les revendeurs jouent avec ce qu’ils ont, aux quatre coins du monde.
Le duel
Une partie est courte, et c’est voulu. On choisit un adversaire, au hasard ou nommément, et chaque duel porte sur une thématique. Avant la première question, les deux joueurs se découvrent : nom, ville, niveau. Suivent six questions, chacune avec ses vingt secondes. Puis le résultat, question par question, avant le total.
L’appli n’est pas là pour enseigner, mais elle permet de mesurer ce qu’on sait : l’écran de solution reprend chaque question avec la bonne réponse, donc même un duel perdu montre où l’on s’est trompé.
Les formats abandonnés
Au départ, on n’avait pas prévu de s’en tenir au QCM. Les premiers prototypes proposaient des puzzles, des questions sonores et d’autres idées — plus variées, et plus amusantes à présenter. Les tests ont fait le tri, pour deux raisons.
La première, c’est la maintenance : chaque nouveau format, c’est un type de question de plus que l’équipe de Patek aurait dû produire, saison après saison. La seconde, c’est l’équité. Le score dépend de la vitesse, et sur un téléphone moins puissant, un format plus riche fait perdre du temps avant même de pouvoir répondre. Un revendeur mal équipé aurait perdu des points sans rapport avec ce qu’il sait.
Ce qui est resté : les réponses en texte et les questions en images (cadrans, références), quand reconnaître la montre fait partie de ce qu’on teste.
Le classement
Les scores alimentent trois classements : mondial, par pays et par point de vente. On peut se mesurer à tout le réseau sans perdre de vue sa propre boutique. Et chaque ligne du classement est une personne — nom, ville, badges, et un bouton pour la défier.
Le tableau de bord rassemble le tout : rang, niveau, score total, activité de la semaine. C’est aussi là que le classement montre sa limite. Un classement, c’est une liste de gagnants — et la plupart de ceux qui le lisent n’y figurent pas.
Le second parcours
Si la vitesse fait le score et que le classement ne récompense que le haut du tableau, le classement ne peut pas être la seule récompense.
Les badges sont donc devenus un second parcours, à côté du premier. Leurs conditions sont fixes, et on les gagne contre soi-même plutôt que contre un collègue à l’autre bout du monde : répondre juste à cinquante questions sur une thématique, jouer assez régulièrement pour passer au niveau suivant. Huit thématiques, cinq niveaux de régularité. Chaque badge affiche sa condition et reste verrouillé, avec un cadenas, tant qu’elle n’est pas remplie.
Je les ai dessinés à partir des montres et de l’histoire de la maison : cadrans, boîtiers, gravures, l’année de fondation. Personne ne l’avait demandé. Le client ne s’y attendait pas, et il a adoré.
Le système visuel
Couleurs, typographie, icônes et états des composants ont été posés comme des règles plutôt que dessinés écran par écran — de quoi assembler de nouveaux écrans sans tout redessiner. Chaque couleur a son rôle noté à côté de l’échantillon : brun pour le texte, bronze pour les actions principales, gris pour ce qui est verrouillé, orange pour les retours et les alertes. L’orange est donc réservé au chrono et au retour sur les réponses, et n’apparaît nulle part ailleurs.
Les détails horlogers passent aussi dans l’interface : la photo de profil est cerclée d’un boîtier de montre de poche, et la croix de Calatrava sert d’ornement.
Chiffres
+15 %
Utilisateurs actifs par rapport à la version précédente — celle de 2015–2017.
Pas d’audit d’accessibilité. Ce n’était pas au brief, et aucun contrôle n’a été fait. Autant le dire ici plutôt que d’attendre qu’on le remarque.
Conclusion
Sur le papier, c’était une refonte. Le vrai sujet s’est révélé être la mécanique : un chrono qui mesurait les téléphones autant que les connaissances, et un classement qui ne parlait qu’à ceux du haut. Abandonner les formats plus riches a réglé le premier point. Ajouter une seconde façon de progresser a répondu au second.
Ce que je ferais autrement
Soulever la question de l’accessibilité même si personne ne la posait — contraste, animations, et un chrono qui désavantage ceux qui lisent moins vite. La grille de Bartle montre aussi ce que l’appli n’a jamais tenté : rien n’y permet de faire quelque chose ensemble, en dehors du duel.
Ce que je défends toujours
L’abandon des puzzles et des questions sonores. Ils auraient fait une belle démo, et un jeu moins juste.